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Michel JOUENNE    

L'AGITATION DU MARCHE  73 x 100 cm

LES CHEVAUX DE CAMARGUE  73 x 100 cm

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Suite
 

BIOGRAPHIE de Michel JOUENNE:

Pour moi vivre c’est peindre,

Mais aussi peindre c’est vivre.

Deux actions qui se conjuguent sans équivoque

Seulement au présent

 

1933

Michel Jouenne est né le 25 janvier à Boulogne-sur-Seine d'un père ingénieur et d'une mère décoratrice à la manufacture de Sèvres.

1947

Etudes au lycée Claude-Bernard, début de ses premières gouaches.

1949

Première manifestation artistique au Salon de Versailles où il expose trois aquarelles dont une sera primée.

1955

Il passe le concours du professorat de dessin de la ville de Paris

1956

Premières huiles, 1'lle-de-France l'inspire.

1957

Il se marie en septembre avec Simone dont il aura trois fils, Christian - François - Bernard. Il fait de nombreuses compositions avec gibiers et volailles.

1958

Il part pour le service militaire qui durera deux ans. En Kabylie il peint de nombreuses pochades pendant le sieste.

1965

Départ pour l'Espagne où il retrouve les tons chauds découverts en Algérie ; il les exposera l'année suivante à la galerie Burgos à New York où il remporte un vif succès.

1969

Il participe pour la première fois aux Peintres Témoins de leur Temps : "Recherche et découverte de la science moderne". A part de cette date, il exposera régulièrement chaque année dans les principaux Salons parisiens. P.T.T. Comparaison. Automne. S.N.B.A. Indépendants. Peinture à l'eau.

1970

Il exécute sa première lithographie commandée par un marchand new-yorkais.

1973

Il se fait construire un atelier à Meudon où il pourra enfin travailler à son aise. Il signe un contrat d'exclusivité pour le japon. Il remporte un premier prix de lithographie. Il expose au musée Galliera la toile "Cimetière de voitures".

1974

La galerie Vantadour à Saint-Emilion dirigée par monsieur Cottin édite un livre sur son oeuvre. Il sera l'invité d'honneur avec quinze grandes toiles au salon "Société arts vivants" à Châlons-sur-Marne.

1975

Il entre à la galerie Guigné.

1989

Son fils aîné Christian, architecte, lui construira un splendide atelier en pleine garrigue au pied des Alpilles. A partir de cette date, son temps sera partagé entre son atelier de Meudon et celui d'Eygalières.

1990

Il séjourne à Venise et présente une importante exposition à la galerie Saint-Hubert à Lyon.

1991

Il est nommé peintre officiel de la Marine.

1992

Il embarque sur différents bateaux de la Marine nationale. A l'occasion de Brest 92, il séjourne sur l'aviso Jean Moulin et dessine.

1993

Président du salon d’Angers

1994

A Rouen, à l'occasion de l'Armada de la liberté, il embarque sur le porte-hélicoptère la Jeanne d’Arc.

 

 

EXPOSITIONS PARTICULIERES

1957 - Galerie Saint-Placide, Paris.

1960 - Galerie Saint-Placide, Paris.

1962 - Galerie Saint-Placide, Paris (aquarelles).

1966 - Galerie Prestige des Arts, Paris. Galerie Burgos, New York.

1967 - Galerie Majestic, Biarritz.

1968 - Galerie Saint-Placide, Paris.

1969 - Centre de la culture, Meudon. Galerie l'Indifférent, Lyon.

1970 - Galerie Cécile, New York. Orangerie du Luxembourg, Paris.

1971 - Théâtre de I'OEuvre, Paris.

1972 - Galerie Colette Dubois, Paris. Galerie Vesastadens, Gôteborg, Suède.

1973 - Galerie Charrier, Amiens.

1974 - Galerie Latapie, Toulouse. Galerie Ventadour, SaintEmilion. Galerie Ajaccio, Corse.

1975 - Galerie Colette Dubois, Paris.

1976 - Galerie du Cours Langlet, Reims. Galerie Charrier, Amiens. Galerie Marbach, Mulhouse.

1977 - Galerie Alpha, Vevey. Galerie Guigné, Paris. Musée des Beaux-Arts, Léon Dierx, Saint-Denis de la Réunion. Galerie Vesastadens, Gôteborg, Suède.

1978 - Galerie du Moulin à l'huile, Maussane-les-Alpilles.

1979 - Galerie Municipale, Dax (Galerie Hénot). Galerie Ajaccio, Corse. Galerie Guigné, Paris (aquarelles). Crédit Agricole, Orange.

1980 - Galerie du Cours Langlet, Reims. Galerie Garnier, Amiens. Galerie jack Renaud, Montfermeil. Galerie Roubeau, SaintAntoine l'Abbaye. Galerie Guigné, Paris. Centre Culturel de Soissons. Galerie de la rue Ancienne, Claudine Tarab, Genève.

1981 - Banque Populaire de Tarbes (Galerie Hénot). Galerie Kunststube-Küsnacht, Suisse. Galerie Garnier, Amiens.

1982 - Galerie Billot, Annecy. Centre Ronéo, (l'Art dans J'entreprise), Paris. Galerie Présence, Bruxelles. Galerie Guigné (présentation et dédicace du livre préfacé par André Cogner), Paris. Galerie AM Golden Boden, Suisse.

1983 - Galerie Guigné, Paris. Galerie Théry, Boulogne-sur-Mer.

1984 - Galerie Jean Jury, Clermont-Ferrand. Galerie Guigné, Paris. Château d'Aubenas (Ardèche), 10 ans de peinture. Galerie Ibis, Vannes. Galerie Présence, Bruxelles. Galerie Siegrist, Will, Suisse.

1985 - Galerie Patrick Héraud, Taulenne-Langon.

1986 - Galerie Guigné, Paris. Galerie jean jury, Clermont-Ferrand. Galerie Richard, Zurich, Suisse. Galerie Eisenberger, Berne, Suisse. Galerie Siegrist, Will, Suisse.

1987 - Galerie Maïté Aubert, Nantes. Galerie Hélène Prince, (aquarelles, lithographies), Paris. Galerie Eisenberger, Coppet, Suisse. Galerie Saint-Hubert, Lyon. Galerie Sanguine, La Rochelle. Galerie Albert 1", Antibes. Salle des Congrès, Ajaccio, Corse. Galerie Glashaus, Zub, Suisse.

1988 - Galerie Eisenberger, Berne, Suisse. Galerie Siegrist, Will, Suisse. Galerie l'Ami des lettres, Bordeaux. Hôtel Ivoire, Abidjan.

1989 - Galerie Guigné, Paris. Galerie Maïté Aubert, Le Havre. Galerie Albert ler, Antibes. Espace Diamant, Ajaccio.

1990 - Galerie Saint-Hubert, Lyon. Galerie Sanguine, La Rochelle. Galerie Richard, Zurich. Galerie Hélène Prince, Paris. 1991 –

Galerie Gourdon, Le Castellet. Galerie Bouscayrol, Pau. Galerie Guigné (Provence de Giono, lithographies), Paris.

1992 - Galerie Guigné, Paris. Galerie Maïté Aubert, Le Havre. Galerie Saint Hubert. Galerie Albert 1er Antibes. La Galerie, Ajaccio. Moulin de Vauboyen, Bièvres.

1993 - Galerie Gantois Cannes. Galerie Léadouze ("Vignes et vergers", lithographies), Paris. Galerie Lacroix, La Rochelle.

1994 - Galerie Dufour, Amiens. Galerie Henot, Enghien. Galerie du Château, Noirmoutier. Galerie Léadouze, Paris.

1995 - La Galerie, Ajaccio. La Galerie Aurore, domaine de Croissy-Luxe. Maïté Aubert, Le Havre.

1997- Galerie Hénot Enghien

2000- Galerie Hénot Enghien

 

ILLUSTRATIONS

Qui j'ose aimer (Hervé Bazin) - Editions Grasset et Pierre de Tartas, 1986.

Provence de Giono - Editions de Tartas, 1991.

Hier et aujourd'hui (Académie Goncourt) - Edition Carré d'Art, 1991.

Vignes et vergers (Héron de Villefosse) - Editions de Tartas, 1992

Des goûts et des couleurs Sacha Guitry en collaboration - Editions de

Tartas, 1993.

Le livre international de la Paix (Hommes politiques, Nobel, artiste) - Editions de Tartas, 1994, une tapisserie a été édité à Aubusson.

Le pàrc de Saint-Cloud - Editions d'Art J.-P. Barthélémy, 1996.

 

EXPOSITIONS DE GROUPE A L’ETRANGER

Au japon, aux Etats-Unis, en URSS (musée de l'Ermitage à

Leningrad et musée Pouchkine à Moscou). Afrique (Côte d'Ivoire,

Guinée, Cameroun, Sénégal). Canada. Nouvelle-Calédonie.

Liban. Chine. Suède. Italie. Allemagne. Suisse. Belgique.

Luxembourg...

 

INVITE D'HONNEUR

Mauléon. Saint-Denis de la Réunion. Ulsle-Adam. Châlons-surSaône. Morangis. Champigny-sur-Marne. Maussane-les Alpilles. Rueil-Malmaison. Mesnil-le-Roy. Clichy-sous-Bois. Chatou. Taverny. Tignes. Le Vésinet. Fontenay-le-Fleury. Soisson. Agen. Vichy. Cormeille-en-Parisy. Chantilly. Le Raincy. Bacqueville-enCaux. Criel-sur-Mer. Vanves. Antony. Albi. Sèvres. Saintes-Croix du Mont. Terrasson. Chamalières. Rignac. Douais. Saint-Maur de Touraine. Yaoundé. Vélizy. Tours. Cholet. Chaville. Crécy-laChapelle. Saint-Germain-en-Lay. Charleville-Mézière. Uzes. Franconville. Igny. Bougival. Abidjan. Morangis. Sannois. Loches. Gometz-la-Châtel. Lapalisse. Sens. Périgueux. Château de Ferrières. Tori@gny-sur-Marne. Poiré-sur-Vie. Mantes-la-Jolie. Bal . lancourt. Le Bourget. Cormeilles-en-Parisis. Barbizon. Tarbes. Pau. Montargis. Béziers. Bièvres. Château de Birou. Nemours. Vincennes. Montfermeil.

SOCIETAIRE DES SALONS

Indépendants, National des Beaux-Arts, Peinture à l'Eau, Peintres Témoins de leur temps, Artistes Français, Comparaison, Atelier de Ville-d'Avray.Succédant à Dunoyer de Segonzac, membre fondateur et à Hilbert (membre de l'Institut), Michel Jouenne a été président du Salon "Souvenir de Corot" jusqu'en 1986, date à Laquelle il en deviendra le président d'honneur. Membre du conseil du Salon d'Automne (Grand Palais). En 1988 commissaire général du Salon d'Automne. Membre du comité du Salon "Arts en Yvelines" (Orangerie du château de Versailles). Membre de l'atelier de Villed'Avray. Président d'honneur de l'association des amis du Salon d'Automne (Fondation de France). Président du Salon d'Angers, 1993.

PRIX

1949 prix de la jeune peinture au Salon Ile-de-France (Versailles).

1960 - premier grand prix du Salon de Versailles.

1961 - Prix du Président de la République. Sélectionné au prix de la critique.

1962 - Prix du Conseil Général de Seine-et-Oise.

1963 - Prix Gabriel Nadal.

1965 - Grand Prix du Conseil Général de Seine-et-Oise.

1970 - Prix Gillot Dard (prix de composition à la S.N.B.A.).

Premier grand prix du Salon de Taverny. Premier grand prix du Salon de Mantes-la-Jolie.

1971 - Prix fondation Taylor. Prix Signature.

1972 - Prix du Salon de Montrouge.

1973 - Prix de lithographie. Prix Taylor.

1975 - Prix Bonnat.

1976 - Prix de la biennale de Baugé.

1977 - Prix Edgard Faute. Prix du Comité Départemental du Tourisme de Seine-et-Marne.

1978 - Prix Air Inter. Prix du "Courrier". Prix Ile-de-France (Bourg-la-Reine).

1979 - Prix "Ami de lumière", Art Sacré, Lourdes.

1985 - Prix Alfred Sisley. Prix des Amis des Arts d'Agen.

1986 - Prix Barbizon. Prix Ami des Arts (Agen).

1987 - Grand prix de la ville de Tours.

1994 - Grand prix "Art en Sologne". Depuis le début de sa carrière Michel Jouenne a obtenu une cinquantaine de médailles dont la médaille d'or des artistes français en 1976.

SOCIETAIRE DES SALONS

Indépendants, National des Beaux-Arts, Peinture à l'Eau, Peintres Témoins de leur temps, Artistes Français, Comparaison, Atelier de Ville-d'Avray.

Succédant à Dunoyer de Segonzac, membre fondateur' 1 et à Hilbert (membre de l'Institut), Michel Jouenne a été président du Salon "Souvenir de Corot" jusqu'en 1986, date à Laquelle il en deviendra le président d'honneur. Membre du conseil du Salon d'Automne (Grand Palais). En 1988 commissaire général du Salon d'Automne. Membre du comité du Salon "Arts en Yvelines" (Orangerie du château de Versailles). Membre de l'atelier de Villed'Avray. Président d'honneur de l'association des amis du Salon d'Automne (Fondation de France). Président du Salon d'Angers, 1993.

ACQUISITIONS

Musée d'Art moderne de la ville de Paris. Musée du Petit Palais,

Genève. Musée de 1'lle-de-France, Fontainebleau. Musée de

Vârlden, Suède. Musée des Baux-de-Provence. Musée Nicolas

Sursock, Beyrouth. Préfecture de Seine-et-Oise. Préfecture des

Yvelines (aquarelle). Préfecture de l'Ardèche. Conseil Général des

Yvelines. Villes de Paris, Taverny, Mantes-la-Jolie, Versailles,

Viroflay, Deuil-la-Barre, Aubenas, Fontenay-aux-Roses, Angers,

Mulhouse, Eygalières. Présidence de la République.

 

BIBLIOGRAPHIE

JOUENNE - Collection "Peintre d'Aujourd'hui" par André Flament, (Editions l'Archipel).

JOUENNE - Collection "L'OEuvre par l'homme temps" par jean Aubert, (Edition Ventaol).

JOUENNE - Collection "Peintre de notre temps" par Maguy Furhange.

JOUENNE - "A la découverte des peintres contemporains" par René Leroy.

JOUENNE - Collection "Artspective" (dunes et fils éditeur).

JOUENNE - Monographie des Editions d'Aquitaine par André Cogner.

JOUENNE - Collection "Le léopard d'Or" (Edition Guigné). JOUENNE - Collection "Play-Time" préfacé par Hervé Bazin.

 

DISTINCTIONS

1987 - Chevalier du mérite culturel et artistique.

1990 - Chevalier de la légion d'honneur.

1991 - Peintre officiel de la Marine.

 

TELEVISION

1977 - Un court métrage lui est consacré lors de son séjour à la Réunion, il peint une aquarelle devant la caméra. 1981 - Dans son émission "Au plaisir de l'oeil", Micheline Sandrel lui consacre un film d'un quart d'heure.

1985 et 1987 - Interviews, journal télévisé Corse-Méditerranée.

1988 - La télévision de la Côte d'Ivoire fait un reportage sur son exposition. La télévision A2 l'invite à son émission "Martin Bonheur", en avril et en octobre. Interview à la télévision câblée 92. FR3 à 13 h: week-end à la carte.

1991 - journal de 13 h sur la 5e présentation du livre Provence de Giono.

1993 - journal de 13 h sur la 5e présentation du livre Vignes et vergers.

 

 

«Ce n'est pas le regard qui s'empare des images, mais celles-ci qui s'emparent du regard». (Kafka)

On ne discute pas un paysage de JOUENNE. Il s'impose. Il est là présent, dense, évident, -pesant du poids des pierres, des maisons, des montagnes, vibrant de soleil ou irisé de brumes, vrai enfin. Je me souviens d'une de ses toiles que j'avais apportée au journal pour la reproduire dans un article sur sa peinture : un premier plan de broussailles folles enflammées par l'automne d'où jaillit un olivier fermant à droite la composition, tandis qu'à gauche des maisons, façades blanches et toits rouges, escaladent une colline sèche, le tout brûlé par la lumière provençale d'arrière saison. Les maquettistes s'étaient rassemblés autour du tableau, comme hypnotisés par la vie de ces chaudes couleurs et de ces formes puissantes. Pas un mot, pas une critique. Et comme je questionnais : «Alors, accepté ?», ce ne fut qu'un cri , «Bien sûr. Quelle force !»

Vrai paysagiste JOUENNE aurait bien étonné le philosophe Gaston Bachelard qui voyait l'inspiration de chaque artiste dominée par un élément. Ici, les quatre éléments, la terre, l'air, l'eau et le feu, règnent en maître, tout à tour aux conjugués. La terre, pesante, avec ses champs, ses rochers et ses cailloux du premier plan souvent traités dans une pâte riche, comme des pierres précieuses enchâssées dans la toile ; et ses collines, bien assises sur l'horizon, qui contrastent souvent avec la légèreté du ciel. L'air n'intervient pas seulement dans ces ciels transparents et lumineux ou chargés de nuages effilochés, un grand souffle passe souvent dans ces paysages : le Mistral fou courbe les cyprès, tord les oliviers, ébouriffe les herbes folles ; quand ce n'est pas le vent desséchant qui brûle les villages espagnols accrochés à leurs pitons, ou le vent marin chargé d'embruns qui balaie la lande jetant des paquets d'eau sur les récifs, ridant les flaques et les mares. L'eau triomphe dans de nombreuses toiles, ou plutôt les eaux: eaux vives des marines où le flux envahit et noie sous ses vagues sables et rochers, eaux mortes des marais de Camargue ou de Brière dont les reflets s'organisent autour d'une racine ou d'un buisson ; eaux figées des paysages de neige rayés par les masses noires des forêts, piquetés çà et là de pointes rocheuses et traversés par un torrent glacé. Le feu, flamboie dans ces feuillages incendiés par l'automne, ces broussailles, ces vigne qu'embrase la somptueuse gamme des oranges et des rouges.

L'homme est à. l'image de sa peinture. Un grand gaillard solide, larges épaules, cheveux en bataille, oeil gris intensément attentif, lourde moustache à la gauloise coiffée d'un nez puissant. Visage buriné et tanné qui parfois s'épanouit en mille ridules dans un grand rire silencieux. Silhouette un peu lourde mais vigoureuse, quasi rustique. Il vit à Meudon, près de Paris, dans une maison à flanc de colline prolongée par son atelier ; JOUENNE ou le paysan de Meudon !

Cette maison, il l'abandonne et il y revient sans cesse. Le plus souvent possible il part pour la campagne ou la mer. Son plaisir, c'est de s'enfoncer dans les chemins creux, de se couler dans les broussailles, de patauger dans les flaques laissées par la marée descendante. Il aime la terre fraîchement labourée qui colle aux semelles, le vent qui embrouille sa tignasse, les embruns qui mouillent sa grosse moustache et lui mettent aux lèvres une puissante saveur iodée. Intensément, il dévore pêle-mêle arbres, ciel et collines, respire à pleins poumons et est aspiré par le vent, enfin se saoule de nature, jusqu'à ce que sa fringale de grand air s'apaise un peu. Il en profite pour ouvrir le coffre de sa voiture ; il pose une toile à l'horizontale sur une table de camping et y écrase des couleurs pour traduire ce qu'il voit : goulûment ses doigts pressent les tubes, les torturent, les aplatissent, les réduisent à rien. De la couleur sort la forme.

Parfois cette forme jaillit directement sur le carnet de croquis projetée par le crayon ou l'encre. D'autres fois c'est une notation brève mais essentielle, à l'aquarelle. Mais, encore et toujours, il revient à la peinture, l'écrase avec son doigt sur la toile, la triture, la fait gicler : il en jouit comme il jouit du vent dans ses cheveux ou de l'eau entre ses orteils. Voici que surgissent des arbres, aux branches torturées, des rochers, des lignes de collines lourdes et ocrées, des éboulis, des cailloux du chemin semblables à d'éblouissants cabochons. Voici des effets de brume et toutes les transparences de l'eau glissant sur le sable ou la vase. Voici de vieilles maisons aux larges murs de pierres, et même des personnages vigoureusement tracés, ultime prolongement du paysage : cueilleurs de pommes, moissonneurs, ou petites vieilles en noir sur des places méridionales brûlées de soleil. A cette quête forcenée de JOUENNE fait écho une réflexion d'André Lhote dans son Traité du Paysage :

«C'est par l'effet d'une participation physique, sensorielle, autant que par celui d'une compréhension spirituelle que le peintre s'adapte au spectacle, en comprend le sens, s'identifie réellement aux formes vivantes, vibrant avec la feuille, s'épandant avec les eaux, tournant avec les tourbillons des vagues et de l'air».

A la tombée du jour JOUENNE referme le coffre de sa voiture sur ses richesses, prêt à revenir le lendemain pour travailler avec la même fougue sur le motif. Mais ce n'est qu'un prélude. La vraie bataille se livre dans l'atelier lorsque l'oeuvre définitive jaillit sur la toile, paysage souvent éloigné de l'original des les détails, mais qui en donne une équivalence, une traduction plastique, plus vivante, plus puissante, plus vraie.

Tôt levé pour ce moment de vérité, il s'installe dans l'atelier dès que la lumière est suffisante. La toile est posée à plat sur une table et il tourne autour d'elle comme un fauve autour de sa proie. Là aussi les tubes de peinture sont à rude épreuve , la truelle étale, mélange, triture prestement jusqu'à ce qu'apparaisse le ton souhaité ; pas de palette, quelques feuilles de papier la remplacent sans problème. «C'est un plaisir de mélanger ça», affirme-t-il ; un grand plaisir en vérité qui l'enfièvre et fait briller ses yeux.

«Je commence par situer les points forts, rochers ou maisons, puis je «bourre» ma toile par plans successifs». Et il se délecte avec gourmandise de cette pâte épaisse qu'il étale généreusement au couteau, laissant volontairement des aspérités auxquelles s'accrochera la lumière et qui constituent les premiers éléments du rythme. Il travaille vite, le geste est vif, la main rapide mais détendue : une peinture gestuelle en quelque sorte. Il est saisi d'une frénésie : pour le profane tout semble jeté en vrac, en réalité tout s'organise au fur et à mesure et quasi dans l'instant. Et quelle dextérité dans le maniement de la truelle avec laquelle il trace les traits les plus fins (on pense à l'énorme pinceau du calligraphe oriental qui fait jaillir les déliés les plus graciles et les pleins les plus larges).

Pas de dessin préalable sur toile, pas de schéma. «C'est pour mieux conserver ma liberté. Je dessine au fur et à mesure des taches, desquelles peu à peu naissent des formes ; car la peinture est un hasard dirigé : d'une tache naîtra un rocher ou une fleur». En effet on le sent riche d'une énorme liberté, celle donnée par une technique venue de l'abstraction et mise au service de la figuration. Derrière cette liberté, ce jaillissement créateur il y a cet énorme travail exécuté en plein air, ces centaines d'études accumulées, et enfin l'idée rigoureuse de l'oeuvre lentement mûrie jour après jour, opération qu'André Lhote définit comme «la nécessité de dominer nos impressions fragmentaires pour effectuer ce riche conglomérat d'éléments différents, arbres, rochers, prairies, lacs, nuages, troupeaux, vagues de la mer, propre à, résumer l'univers de façon plus ou moins fulgurante».

Mais rien n'est jamais gagné: jusqu'au bout JOUENNE joue avec la matière, la fluidité, les formes, les taches colorées car tout doit se répondre à la surface du tableau et se faire écho. «C'est le côté musical du travail» précise-t-il. Même à la dernière minute tout peut s'effondrer. «Jusqu'au bout je suis sur la corde raide et j'ignore si ma toile sera brûlée ou conservée (il y a dans le jardin un coin réservé où il brûle par dizaines celles qui ne le satisfont pas) : c'est dans les derniers instants que je sauve ma toile ou que je la perds».

Après quelques heures de travail intensif JOUENNE fait la pause : quelques pas dans l'atelier au sol constellé de taches multicolores, puis il s'assied face à la toile qu'il a dressée à la verticale sur un chevalet.

Il la contemple longuement ; de temps en temps il se relève, frotte l'index sur un reste de peinture étalée sur le papier-palette et atténue ici ou là, du bout du doigt, un éclat de lumière ou un reflet : on croirait qu'il modèle son oeuvre. Un temps de repos encore, et la prodigieuse empoignade reprend. Cela peut durer un jour ou deux, quelquefois plus...

Enfin vient le moment où l'oeuvre est achevée et, Dieu merci, sauvée. Il n'y a plus rien à y ajouter ou à y retrancher ; elle est la réalisation même de cette idée qu'il avait en tête en se mettant à l'ouvrage, une idée incarnée dans une pâte prodigieuse, grasse, débordante, sensuelle, avec des transparences de matière et des hachures qui animent les surfaces et les font vibrer.

On peut rester des heures devant ces paysages sans en épuiser la richesse. Quelle que soit sa taille, chaque tableau atteint la monumentalité.

La lumière y circule à travers un vaste espace ; les plans s'étagent jusqu'à la ligne d'horizon coiffée d'un ciel immense, où parfois des lignes de nuages leur font écho, Des chemins, des arbres, des buissons se dégagent peu à peu de l'ensemble, juste esquissés, rythmant la composition, assurant les passages entre les différents plans. «Ce que je veux exprimer ce n'est pas un champ ou une touffe d'herbe, mais la lumière, le soleil, l'espace». Ce passionné de matière minérale ou végétale, cailloux, rochers, buissons, a le goût des ciels, de leur transparence, de leur fluidité, de leur démesure ; souvent les lignes de collines s'y découpent avec rigueur dans un éblouissement lumineux, et mieux qu'aucun autre il sait faire vivre ce passage subtil, indéfini, quasi insensible où l'eau rejoint le ciel et s'y insère dans une brume colorée : c'est <,la mer allée avec le soleil» de Rimbaud.

La toile terminée JOUENNE quitte l'atelier, épuisé mais heureux. Bientôt peut-être il mettra en route d'autres créations (il mène parfois simultanément cinq ou six paysages). Entre temps il se délasse dans sa maison. Pas de hobby : il ne jardine pas, ne chasse ni ne pêche, ne fait pas la cuisine, ne bricole guère. Il vit tout simplement, entre sa femme et ses trois garçons ; il voit des amis... il aime les longues soirées amicales où on se retrouve nombreux autour de la grande table rectangulaire à manger la bonne cuisine mijotée par Simone Jouenne en buvant à petits coups un Saint Emilion bien épanoui.

Demain ou plus tard des thèmes oubliés ou abandonnés depuis longtemps vont surgir dans sa tête, des compositions prendront forme. Car il transporte toujours avec lui un monde de souvenirs visuels, tout un répertoire plastique : montagne grise, bleue ou ocre, amandiers en fleurs, buissons, herbes folles, vignes rougies par l'arrière-saison, chemin dans les Alpilles, bateaux échoués sur la plage ou vieux villages abandonnés... Mais tout cela ne lui suffit pas longtemps.

Bientôt il sent au fond de lui le besoin de retrouver l'herbe des pâtures, l'odeurd6lamer, le grand soleil de midi, et le vent dans les collines. Bientôt il va redécouvrir la Bretagne, la Toscane, la baie de Somme, la Provence ou la Corse. Il lui faut toujours élargir sa moisson. Il a faim de tout, et surtout de la vie. Il doit engranger pour que naisse, dans un an ou dans dix, de nouvelles toiles, des paysages qui, selon la belle expression d'Elie Faure <,fixent l'éternité mouvante du monde dans sa forme momentanée».

Le voilà reparti. A bientôt JOUENNE.

 

 

 

 

André COGNET :

 

A moins de se lancer dans un de ces pathos abscons et filandreux dont certains critiques ont le secret, un écrivain, parlant d'un peintre, doit d'abord s'excuser. La phrase n'a pas l'infinie variété d'un graphisme ni les mots l'intensité des couleurs. Au fond, devant un tableau qui propose (ou plutôt qui impose) à notre oeil la vision d'un autre oeil, celui de l'artiste, la glose est superflue. On aime ou on n'aime pas.

Jouenne, lui, est tout à fait de mon bord. S'il n'y a pas communauté de moyens entre peintre et romancier, il peut y avoir concordance du propos. Jouenne est aussi un chantre de la nature. Jouenne est aussi un homme de métier qui ne s'attache à aucune théorie, intègre au besoin différents apports, les fait siens et reste avant tout fidèle à son tempérament. Figuratif, il n'est jamais esclave du sujet dont il se sert. Il transpose tout. Rien de plus significatif, chez lui, que la différence entre ce qu'il regarde et ce qu'il voit, entre ce qui est vrai. Cet exigeant s'acharne, recommence et peut aller jusqu'à détruire ce dont il n'est pas satisfait. Le « brûloir», je connais ça ; quel bon signe d'honnêteté Notons au surplus qu'il n'a pas de tics, de rengaines. Extrêmement divers, il est allé chercher partout son inspiration : en Provence, en Bretagne, en Corse, en Espagne, à la Réunion...

Nous sommes ainsi devant une oeuvre peu répétitive dont la manière est pourtant assez personnelle pour se reconnaître aussitôt. Jouenne a une palette bien à lui. En général les tons chauds y dominent de loin les tons froids. Par temps bouché il va employer des gris fluides qui voyagent dans le ciel ou qui font s'endormir de grandes étendues d'eaux lasses aux transparences floues. Il économise le rouge, et même ces bleu vert qu'il réserve aux rouleaux des marées atlantiques. Mais c'est sous le grand soleil, sous la canicule, qu'il se régale, qu'il joue, Jouenne, des ocre, des fauves, des roux, des jaune paille et des jaune soufre montant jusqu'aux plus flamboyants orange. Personne n'est plus solaire que lui : ce que soulignent encore ses blancs et ses noirs, souvent très crus, renforçant les contrastes.

Gros consommateur de pâte dans laquelle il sculpte ses rochers ou ses troncs d'arbre, amateur de matières, Jouenne se garde de trop préciser, il suggère, il livre l'essentiel de la forme et du mouvement. Puissant, il n'est pas lourd. Cinq ou six plans et parfois davantage lui assurent, le plus souvent, des profondeurs qui laissent circuler l'air et la lumière, qui permettent aux vents de se déchaîner, de tordre les cyprès ou les pins : tout ce qui dresse à la verticale et n'a pas la résistance au temps des grandes horizontales qu'étirent la terre ou l'océan.

Oeuvre forte. Oeuvre sereine. A une époque ou la plupart de ses collègues vivent de refus, de recherches, de remises en question et traduisent l'inquiétude d'un monde menacé, Jouenne fait preuve d'une santé réjouissante. C'est un homme heureux d'exalter ce que nous avons laissé d'intact dans le paysage.

de l'académie Goncourt

 

 

 

Jouenne puise la jouvence

de sa peinture dans la nature,

parmi le vent et les eaux,

le soleil et les minéraux...

De tous les mots sur l'Art que les peintres eux-mêmes ont su exprimer, le plus simple, le plus ample, le plus exemplaire - car le mieux suggestif - est sans doute celui de Bonnard qui pensait qu'il ne s'agit pas de peindre la vie, "il s'agit de rendre la peinture vivante". Pour entrer en matière, en la matière picturale de Michel Jouenne, en sa manière si vitale, aurorale et augurale, qui participe du rajeunissement coloré du monde, je rapprocherais volontiers le bon mot de Bonnard de ce beau dit de Diderot: "C'est le dessin qui donne la forme aux êtres, mais c'est la couleur qui leur donne la vie". Et l'auteur des Salons d'ajouter, bien qu'athée: "Voilà le souffle divin qui les anime. Au vrai, je crois que toute création artistique authentique procède, toutes proportions sauvegardées, de la Création telle que la raconte la Genèse. Créer c'est - jouenne le dit tout bonnement réintégrer la création pour la réinventer.

Laissons-lui sa parole : "La nature est ma maîtresse ! je tire d'elle, de ma relation physique avec les paysages auxquels je m'identifie et avec les quatre éléments fondamentaux qui les composent, une jouissance librement sensorielle. Et je n'ai pas d'autre message à traduire, dans ma peinture, que l'expression du plaisir que cette pénétration me procure." Il assure également qu'il aime la nature à l'état vierge, brut ou fruste même, qu'il ne taille jamais les arbres de ses jardins, choisissant, en les dessinant, de croître avec eux et de s'épanouir dans leurs ramifications, d'en agiter les branches avec le vent qui passe - il préfère un chemin de terre à une route goudronnée et cheminer parmi les herbes folles plutôt que dans les allées dessinées. Les jardins à la française ne sont pas sa "tasse de thé" ; mais il n'aime les "gardens" qu'assez désordonnés. Et s'il a passé le plus clair de son enfance dans le parc de Saint-Cloud, que jouxtait à Sèvres, dans la Sente du Nord, la maison de ses parents, c'est Sente du Nord, la maison de ses parents, c'est du côté de la "Butte-aux-Chèvres" et de ses buissons sauvages qu'il y a pris son pied, dans les deux sens de l'expression. « J'ai eu là mes premières émotions esthétiques quand j'y ai fait mes premiers dessins à l'emporte-pièce. Or je crois être resté cet enfant qui se réjouit sans fin de parvenir à de telles symbioses ».

Regardez bien sa peinture qui nous introduit en pleine nature, sous quelque horizon qu'il la promène. Elle est essentiellement faite à pleines mains de ces quatre éléments qui, selon la plupart des cosmogonies, sont constitutifs de la vie de l'univers. Parmi le vent et le soleil, l'eau et les minéraux, Jouenne est dans son élément car il y puise sa jouvence. Elémentaire, mon cher lecteur, ma chère lectrice, il y retrouve celle du monde

Yann le Pichon

 

 

LE VENT

Qu'il s'apaise ou qu'il s'en revienne,

Qu'il meure même où il s'enfuit,

Le vent dont s'inspire Jouenne

Dans l'arbre filtre son esprit

"Les plus grands efforts de l'art sont toujours une timide contrefaçon des effets de la nature", écrivait trop modestement Balzac. Si réaliste fût-il, il ne manquait pas, en effet, d'une certaine inspiration surnaturaliste sans laquelle il n'est pas d'art vivant, et faute duquel l'art ne fait que survivre à la nature. Une inspiration qui vous entraîne au-delà de ce fini qui, selon Baudelaire, ne caractérise l'art que dans la mesure où il reste empreint de cette démesure qu'est notre aspiration vers l'infini. Que cette aspiration motive essentiellement l'inspiration des artistes, Fromentin le savait bien qui estimait que "le secret de la bonne peinture est de rendre visible l'invisible" ! Faire voir ce que les apparences des choses vous empêchent trop souvent de regarder, c'est ce que réussit, malgré la lucidité de son regard naturaliste mais grâce aussi à son extrême clairvoyance, Michel Jouenne qui ne résiste pas aux envolées du vent, des vents venus des quatre coins du monde pour argenter les oliviers, les amandiers ou les tilleuls, émoustiller les peupliers et les cyprès, aiguillonner les pins, les tamaris, les filaos, caresser les saules, les bambous, les roseaux, ébranler les chênes ou les baobabs, faire se tordre du regret d'avoir perdu leurs feuilles les arbres morts ou ceux qui n'osent plus vivre que derrière leur écorce.

 

LE SOLEIL

Quand le soleil, dorant la plaine,

En mûrit l'amont comme un fruit,

Libre -, Jouenne s'y promène

Car aucune ombre ne le suit.

Si Chardin a pu livrer le secret de l'authenticité merveilleuse de ses natures mortes en expliquant qu'il y mettait de la couleur "jusqu'à ce que ce soit ressemblant", Jouenne qui avoue "Que c'est beau le jaune, c'est le soleil sur terre " - comme s'exclama Vincent en arrivant dans le Midi - pourrait à son tour le paraphraser: " je mets de la lumière jusqu'à ce que ce soit comparable !" Sinon imitative, comme l'est une peinture hyperréaliste, caricaturale à force d'être littérale, la sienne qui, même quand elle dépeint des paysages sauvages, n'outrepasse point la vraisemblance, ne manque pourtant pas d'une certaine sublimation qu'il doit à l'allégresse dont la lumière solaire illumine son âme de gitan fuyant les ombres de son destin. "Autant le reconnaître, je suis un impatient, un impulsif, impétueux souvent, confesse-t-il en se moquant un peu de lui ; j'ai hâte de suivre le Soleil, comme la Terre qui n'a de cesse de s'offrir à lui pour se rajeunir en sortant de la nuit". Cet itinérant impénitent, qui cependant revient toujours en Provence pour y puiser son insatiable jouvence, pourrait faire sienne la pensée primordiale d'Ozenfant: "L’art démontre que l'ordinaire est extraordinaire." Au vrai, ce n'est pas son regard qui prend possession de la lumière, c'est elle qui s'empare de ses visions non moins objectives que subjectives.

 

L'EAU

Qu'elle s'ennuie ou queue s'éprenne

Des oiseaux qui volent le bruit,

L!eau que séduit l'oeil de Jouenne

Se donne à lui comme à la nuit.

Parlant, dans son Traité du paysage, de André Lhote, l'identification des peintres avec les "formes vivantes" qui leur permet de vibrer avec la feuille, de s'épandre parmi les eaux et de tourner dans les tourbillons des vagues, André Lhote, qui devait songer aux nymphéas de Claude Monet, l'explique par l'effet d'une participation physique, sensorielle, "autant que par celui d'une compréhension spirituelle". Belle proposition qu'il faut mettre en question !Il y a lieu, au demeurant, de s'interroger sur les tenants et les aboutissants de cette compréhension spirituelle". Ne s'agirait-il pas, plutôt que d'une intelligence, d'un entendement quasi prophétique, sinon miraculeux, qui serait dû à ces connivences primitives, à ces communions immémoriales que la mémoire inconsciente, voire génétique, sous l'effet de réactivations émotionnelles, ravive chez l'artiste qui se replonge profondément dans la nature ? Une sorte de catharsis, comme l'entendaient les dramaturges grecs ! "J'aimerais retrouver cette fraîcheur de vision qui est caractéristique de l'extrême jeunesse, quand le monde entier est tout neuf." Ainsi Matisse nous faisait-il comprendre l'admirable simplicité de son oeuvre. Jouenne ne décrit pas la nature, il l'écrit sous la dictée, pleine de candeur, du petit Michel qui retraçait le monde avec des crayons de couleur. Et, ce faisant, il n'oublie pas de se ressouvenir des eaux amniotiques auxquelles nous devons la vie.

 

LES MINÉRAUX

Les minéraux qu'aime Jouenne,

Dans lesquels il surenchérit,

De la Genèse se souviennent

Du Temps qu'alors fonda l’esprit.

                   Lorsque Gauguin découvrit, en 1886, Pont-Aven et ses lourds rochers de granit qui, au pied du Bois d'Amour, font un antique chaos dans sa rivière enchanteresse, il comprit qu'il devait donner de plus solides assises à sa peinture, par trop impressionniste. Et il se dit qu'il lui faudrait désormais rendre dans ses tableaux "le son sourd, mat et puissant" que ses sabots faisaient sur le sol breton. Et de même que les anciens, pour portraiturer une personne, en dessinaient d'abord le squelette et le corps mis à nu, les grands paysagistes, - comme le firent, par exemple, Corot et les peintres de Barbizon dans la forêt de Fontainebleau - apprenaient à appuyer leur peinture sur ce que la nature a de plus résistant : ses minéraux qui sont l'armature de l'écorce terrestre. Des fjords froids de Norvège et des abers pénétrants du Finistère aux brillantes Alpilles du bassin méditerranéen et jusqu'aux dragons pétrifiés de la baie d'Along, Michel Jouenne n'a pas son égal pour faire la lumière sur ce qu'il appelle "la belle matière". Pour traduire la fascination picturale et quasi sculpturale qu'elle exerce sur lui, il a cette forte expression : "quand je la peins, je la dessine à la truelle. Et ce dessin épouse mon dessein de peintre qui est de rendre semblable ce que je l'imaginais ma toile prise sur le vif, sur le roc qui m'établit. je peins donc je suis". Toute sa peinture participe en effet de l'essence même du monde et de la sienne.

 

Michel JOUENNE

Au fil de l'eau, au fil de sa création, au fil des souvenirs.

Au fil de l'eau est une de ces limpides expressions de la langue française lisible par tous et ne demandant aucune traduction métaphysique. Au fil de l'eau reflète bien la fibre qui inspire JOUENNE à peindre des paysages horizontaux, aux lointains allongés dans les gris, les ocres, les blancs onctueux. Jouenne rend hommage à l'eau depuis plusieurs années puisqu'en 1992 il exposait à Paris, à Meudon et souvent ailleurs, ses mers et océans. En peignant Venise, il peignait aussi le miroir de Venise dans l'eau où se regarde le Palais des Doges.

Au cours de ses voyages dans le monde, JOUENNE a dessiné, capté, peint, sublimé la direction naturelle du courant de l'eau avec son odeur dépourvue de tout intellectualisme, avec cette exaltation qui réjouit l'odorat et la vue de ceux qui se reposent auprès de toutes les eaux non polluées du monde. Sous son couteau à palette, le peintre laisse couler l'eau à son gré, sauvage ou étale sans hésiter, de la source à la mer. Dans ses séries sur le thème de l'eau, il peint sans relâchement l'enchaînement de ses voyages en Europe ou en Asie. L’eau est la liaison de souvenirs comme l'était, dans d'autres multiples expositions, la Provence, la Bretagne...

La peinture de JOUENNE n'aime pas les lieux cultivés, les terres civilisées. Au fil de l'eau, il peint sauvagement avec sa carrure de corsaire de l’art figuratif contemporain, des centaines de toiles gorgées d'air marin. Ses grisailles ont, en pleine pâte, des grandeurs astrales. Apre et puissant, JOUENNE sait capter les reflets de lumière, les secrets de l'eau, ses modulations, par un coup d'oeil d'ensemble des premiers plans jusqu’à l’infini et à l'aérien. Le ciel, comme l'homme, se regarde dans l'eau au fil des siècles. Des centaines de peintres de Claude LORRAIN à COURBET, de CANALETTO à VAN GOGH, et, pour ceux de la génération des années 1950 de Bernard BUFFET à REBEYROLLE, ont peint au fil de l'eau, eux aussi. Mais avec un style particulier, JOUENNE s'est approché de la luminosité limpide des eaux de la baie d'Along dans le golfe du Tonkin. Il a fixé, épié, les immenses étendues des rizières impassibles d'ocres et de gris mouillés. Du delta du Mékong jusqu’au nord du Viet-Nam, il a peint les terres et ciels ivres d'eau. Dans ces plaines côtières, il a partagé les couleurs et les reflets dans l'eau des paysans près de leurs paniers de riz ou de fruits. La route mandarine, la rivière des parfums ponctuées de petits «annamites», peintes avec sa technique. La fluidité d'aquarelles sur des toiles de chevalet sont des moments forts de sa création récente ; on pourrait dire qu' « au fil de sa création» l'eau a conduit aussi JOUENNE en Birmanie, en Norvège où Peintre officiel de la Marine, il est allé avec «col bleu» ouvrir les Fjords et dans d'autres pays où, tel le Bateau Ivre de RIMBAUD il a descendu des Fleuves impassibles. Voici une remarquable exposition. On y suit l'itinéraire de JOUENNE qui, tel le poète, s'est baigné dans le Poème de la Mer.

Guy VIGNOHT

 

 
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